Chiffrer le disque des modèles
Chiffrer le disque d'un LLM local se fait avec l'outil natif du système : FileVault sur macOS, BitLocker sur Windows Pro, LUKS sous Linux. Mais ce qu'il faut protéger n'est pas d'abord les poids des modèles, qui sont publics : ce sont vos conversations, votre index documentaire, vos journaux et le fichier d'échange. Chiffrez donc le disque qui les contient, et sauvegardez la clé de récupération ailleurs que sur la machine.
Un poste qui fait tourner un LLM local garde des traces en clair : historique de conversation, base d'index de vos documents, fichiers temporaires. Perdez l'ordinateur, et tout devient lisible en branchant le disque ailleurs. Ce guide indique quoi chiffrer réellement, comment activer FileVault, BitLocker ou LUKS, comment déplacer les modèles Ollama sur un volume chiffré, et les erreurs de clé qui annulent la protection.
#Ce que le chiffrement de disque protège, et ce qu'il ne protège pas
Le chiffrement au repos rend le contenu d'un disque illisible sans la clé : quelqu'un qui vole le portable, retire le SSD ou saisit un poste éteint ne récupère que des données inutilisables. C'est le scénario auquel il répond, et il n'en couvre pas d'autres : un poste allumé et déverrouillé, un logiciel malveillant qui tourne sous votre session, ou un mot de passe faible restent des voies d'accès. Sur le plan réglementaire, l'article 32 du RGPD cite la pseudonymisation et le chiffrement des données personnelles parmi les mesures techniques que le responsable de traitement doit envisager selon le risque ; il ne prescrit pas d'outil précis, et l'exigence dépend du contexte (santé, finance).
| Situation | Protégé ? | Remarque |
|---|---|---|
| Portable volé ou perdu, éteint | Oui | Le cas type, celui pour lequel on chiffre |
| Disque retiré et branché sur une autre machine | Oui | Sans la clé, le contenu est illisible |
| Poste allumé, session ouverte, écran non verrouillé | Non | Le disque est déverrouillé : verrouillez la session |
| Logiciel malveillant dans votre session | Non | Il lit les données comme vous le faites |
| Sauvegarde sur un disque non chiffré | Non | La copie annule la protection de la source |
| Clé de récupération perdue | Perte des données | Il n'existe aucune porte dérobée |
#Que faut-il chiffrer : les poids ne sont pas le secret
Déployer une IA locale au travail : RGPD, AI Act, architecture multi-utilisateurs, coûts, note pour la direction.
- Espace en ligne à vie
- PDF + fichiers
- Mises à jour à vie
Les modèles téléchargés depuis Ollama ou Hugging Face sont publics : les poids d'un modèle open-weight n'ont rien de confidentiel, sauf si vous avez affiné un modèle sur des données privées. Ce qui l'est, c'est tout ce que l'usage produit. Chiffrer le seul dossier des modèles laisse donc l'essentiel à découvert.
- Historique des conversations
- Le terminal d'Ollama enregistre l'historique des saisies dans le dossier .ollama de votre profil (le code d'Ollama compose le chemin .ollama/history) ; les interfaces web comme Open WebUI gardent leurs conversations dans leur propre base de données.
- Index documentaire
- Une base ChromaDB, Qdrant ou Weaviate contient vos passages de documents, lisibles tels quels : c'est un double de vos fichiers.
- Documents sources et exports
- Les PDF déposés dans le dossier du RAG, les transcriptions, les sorties enregistrées.
- Fichier d'échange et hibernation
- Quand la mémoire est pleine, le système écrit des pages sur disque : elles peuvent contenir des extraits de vos conversations. La documentation d'Arch Linux note qu'un swap chiffré, réinitialisé à chaque démarrage, protège mieux car il évite des fragments sensibles jamais écrasés.
- Journaux et copies temporaires
- Journaux du serveur, fichiers de cache, éditeurs qui créent des copies.
Deux stratégies en découlent. La plus simple et la plus sûre est de chiffrer le disque système entier, ce qui couvre tout en une opération. La seconde, quand on ne peut pas toucher au système, est de chiffrer un volume dédié qui contient les données (index, documents, modèles affinés) et de déplacer vers lui les dossiers qui les accueillent.
#macOS : FileVault
Sur un Mac à puce Apple ou à puce de sécurité T2, la documentation d'Apple précise que les données sont chiffrées automatiquement : l'activation de FileVault ajoute une couche, en subordonnant l'accès aux données à la saisie du mot de passe de session. Sur un Mac Intel sans puce T2, il faut activer FileVault pour chiffrer. La documentation technique décrit FileVault comme utilisant l'algorithme AES-XTS pour protéger des volumes entiers, en s'appuyant sur le moteur AES matériel et le Secure Enclave des Mac récents.
- 01Ouvrir les réglagesMenu Apple, Réglages Système, Confidentialité et sécurité, puis FileVault.
- 02Activer FileVaultCliquez sur Activer ; macOS propose deux méthodes de récupération.
- 03Choisir la récupérationLe compte iCloud est pratique, sans clé séparée à conserver ; la clé de récupération est une chaîne de caractères à noter et à ranger ailleurs que sur le Mac. Pour des données sensibles, préférez la clé de récupération.
- 04Laisser le Mac travaillerLe chiffrement se poursuit en arrière-plan ; vous pouvez continuer à utiliser la machine.
#Windows : BitLocker et chiffrement de l'appareil
BitLocker est la fonction de chiffrement de volume de Windows. Selon la documentation de Microsoft, son activation est possible sur Windows Pro, Enterprise, Pro Education/SE et Education. Windows Famille n'y donne pas accès, mais bénéficie du chiffrement de l'appareil (device encryption), qui active BitLocker automatiquement sur les machines éligibles ; depuis Windows 11 24H2, les prérequis matériels ont été réduits, ce qui rend plus de machines éligibles.
Piège à connaître : le chiffrement automatique de l'appareil n'est armé qu'après une connexion avec un compte Microsoft ou un compte professionnel, et la clé de récupération est alors sauvegardée dans ce compte (elle se retrouve sur aka.ms/myrecoverykey). Avec un compte local, il n'est pas activé automatiquement, mais on peut activer BitLocker manuellement sur une édition qui le permet. Pour des données très sensibles, décidez consciemment où réside la clé : un compte en ligne est pratique en cas de perte, mais la clé n'est plus uniquement chez vous.
- 01Ouvrir BitLockerRecherchez « Gérer BitLocker » dans le menu Démarrer (éditions Pro et supérieures).
- 02Activer sur le lecteur systèmeChoisissez un déverrouillage par TPM ; ajoutez un code PIN au démarrage pour se protéger d'un démarrage direct de la machine volée.
- 03Sauvegarder la clé de récupérationEnregistrez-la dans un coffre, ou imprimez-la ; évitez de la laisser seulement sur la machine.
- 04Choisir l'étendueSur un PC neuf, chiffrer l'espace utilisé suffit ; sur un PC qui a déjà servi, préférez le chiffrement complet, qui couvre aussi l'espace libre où subsistent d'anciennes données.
#Linux : LUKS pour le disque entier
LUKS est le standard de chiffrement de disque sous Linux, géré par l'outil cryptsetup. D'après sa page de manuel, le format par défaut est LUKS2. Le plus simple est de le choisir à l'installation : Ubuntu, Fedora et les autres proposent une case « chiffrer la nouvelle installation » qui demande un mot de passe. Le disque système entier, y compris le fichier d'échange, est alors protégé. On peut vérifier après coup avec cryptsetup status sur le nom du volume ouvert, ou avec lsblk -f, qui indique le type crypto_LUKS.
#Linux : chiffrer seulement un disque de données et y placer Ollama
Le cas courant est celui d'un système non chiffré et d'un second SSD réservé aux données de l'IA. On chiffre ce second disque en LUKS, puis on y déplace le dossier des modèles et celui de l'index. La documentation d'Ollama indique que l'emplacement des modèles se règle par la variable OLLAMA_MODELS, et que, avec l'installateur standard sous Linux, l'utilisateur ollama doit avoir accès en lecture et en écriture au dossier choisi.
La ligne RequiresMountsFor indique à systemd que le service ne doit démarrer qu'une fois le volume monté : sans elle, Ollama peut démarrer avant le déverrouillage, créer un dossier vide sur le disque non chiffré et retélécharger les modèles à cet endroit. Après modification, exécutez sudo systemctl restart ollama.
#Mot de passe ou fichier de clé : le piège du fichier sur le disque système
Pour ouvrir le volume au démarrage, deux approches existent. Avec un mot de passe, le système le demande à chaque démarrage (entrée crypttab avec la clé « none »). Avec un fichier de clé, l'ouverture est automatique, mais tout dépend de l'endroit où le fichier est stocké. Placer la clé dans /root/ sur un système non chiffré annule presque entièrement la protection : quiconque vole la machine peut lire le fichier de clé sur le disque système, puis ouvrir le volume. Le fichier de clé n'a de sens que si le disque qui le contient est lui-même chiffré. Sur un serveur sans écran, le compromis courant est un système chiffré déverrouillé à distance, ou un déverrouillage manuel après chaque redémarrage.
Le chiffrement ajoute un coût de calcul à chaque lecture et écriture. Pour un LLM, la lecture des poids se fait surtout au chargement du modèle : l'effet est le plus visible sur le temps de chargement, pas sur les tokens générés. Mesurez le débit de chiffrement de votre processeur avec cryptsetup benchmark, et comparez le temps de chargement d'un modèle avant et après ; ne comptez pas sur un chiffre général.
#NAS et sauvegardes : ne pas défaire le chiffrement
- NAS
- Vérifiez que les dossiers partagés qui contiennent des modèles ou des sauvegardes sont chiffrés, et où réside la clé. Un NAS qui déverrouille son volume tout seul au démarrage protège du vol du disque seul, mais pas du vol de l'appareil entier.
- Disque de sauvegarde
- Un disque USB de sauvegarde en clair annule le chiffrement du poste : chiffrez-le avec le même outil, ou passez par un logiciel de sauvegarde qui chiffre avant l'écriture.
- Sauvegarde dans le cloud
- Assurez-vous que le chiffrement se fait chez vous, avec une clé que vous seul possédez : sinon le fournisseur peut techniquement lire vos fichiers.
- Clé de récupération
- Séparez toujours la clé de la sauvegarde qu'elle protège : deux emplacements distincts.
| Machine | Outil | Point d'attention |
|---|---|---|
| MacBook ou Mac mini à puce Apple | FileVault (données déjà chiffrées par la puce) | Récupération par clé plutôt que par iCloud si données sensibles |
| PC Windows Pro ou Enterprise | BitLocker avec TPM et PIN | Où la clé de récupération est-elle sauvegardée ? |
| PC Windows Famille | Chiffrement de l'appareil, ou VeraCrypt | Clé liée au compte Microsoft |
| PC ou serveur Linux, disque système | LUKS à l'installation | En-tête sauvegardé ; mot de passe au démarrage |
| Linux, système non chiffré, second disque | LUKS sur le second disque | Pas de fichier de clé sur un système non chiffré |
| NAS | Volume ou dossier chiffré du NAS | Déverrouillage manuel après redémarrage |
#Questions fréquentes sur le chiffrement du disque des modèles
Faut-il chiffrer le dossier des modèles Ollama ?+
FileVault ralentit-il un LLM local ?+
BitLocker est-il disponible sur Windows Famille ?+
Que se passe-t-il si je perds la clé de récupération ?+
Peut-on ouvrir un volume LUKS automatiquement au démarrage ?+
Le chiffrement du disque suffit-il pour le RGPD ?+
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- Partager Ollama sur son réseau local
- Source : Apple, FileVault
- Source : Microsoft, BitLocker
- Source : page de manuel de cryptsetup
- Source : FAQ Ollama, emplacement des modèles
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